Carences en sélénium et changement climatique

Le changement climatique a pour conséquence une diminution progressive du sélénium dans les sols et, par suite, une baisse du contenu en sélénium des aliments.

Le sélénium, un nutriment essentiel

Le sélénium est un oligo-élément et un nutriment essentiel dont l’importance est fondamentale pour la santé de l’homme. Le sélénium est retrouvé dans 50 à 100 différentes protéines aux rôles très différents allant de la construction des muscles cardiaques à la santé du sperme. Il est impliqué dans la reproduction, le système immunitaire et la synthèse de l’ADN. Il a également des propriétés antioxydantes et a donc la capacité de protéger les cellules contre les lésions provoquées par les radicaux libres.

Le sélénium entre dans la chaîne alimentaire par les plantes

Le sélénium entre dans la chaîne alimentaire directement par les plantes qui le captent dans le sol ou par la consommation de viandes ou d’autres produits d’origine animale. La quantité de sélénium dans les aliments dépend donc fortement de la concentration en sélénium des sols.

Des carences en sélénium ont été identifiées dans des parties du monde où la teneur du sol en sélénium est notablement faible, par exemple dans les régions volcaniques. sols acides et la présence de fer et d’aluminium réduisent également la captation du sélénium par les plantes, comme cela est le cas dans de nombreuses régions d’Europe.

En Europe, les sols sont relativement pauvres en sélénium et il en est donc de même des apports en sélénium de l’alimentation. Les plus pauvres se trouvent principalement en Allemagne, en Ecosse, en Finlande et dans certains pays des Balkans.

L’influence climatique

Des chercheurs[1] ont compilé les informations provenant de plusieurs séries de données collectées entre 1994 et 2016 et ont analysé 34 241 échantillons de sol. Ils ont analysé les concentrations de sélénium dans les 30 premiers centimètres de couches de sol et 26 autres variables environnementales. Ils ont constaté que les interactions entre le climat et le sol interfèrent avec la distribution du sélénium dans les sols. Ce sont les précipitations et la relation entre les précipitations et l’évaporation (l’indice de sécheresse) qui semblent avoir la plus forte incidence sur la concentration des sols en sélénium.

On a plus de chance de trouver des concentrations élevées en sélénium dans les zones où les précipitations sont faibles à modérées et les sols riches en argile. Les sols secs et alcalins, pauvres en argile, contiennent peu de sélénium.

Sur la base de ces données, les chercheurs ont modélisé les teneurs moyennes en sélénium des sols pour les périodes allant de 1980 à 1999 et de 2080 à 2099. Globalement, le changement climatique devrait entrainer une diminution de la teneur en sélénium des sols. Par rapport à la période de 1980 à 1999, d’ici la fin du siècle, 66 % des terres agricoles devraient perdre environ 9 % de leur concentration en sélénium. Les terres arables européennes, indiennes, chinoises, du sud de l’Amérique du Sud, de l’Afrique du Sud et du Sud-Ouest des Etats-Unis devraient être les plus affectées par cette évolution.

Les conséquences possibles d’une carence en sélénium

Des données indiquent qu’une carence modérée en sélénium peut accroître la sensibilité à diverses maladies et altérer le maintien d’une santé optimale. Un faible statut sélénique peut contribuer à l’étiologie du processus pathologique mais, dans certains cas, peut être également une conséquence de la maladie elle-même et accélérer la progression de celle-ci (par exemple infection à VIH).

De nombreuses études suggèrent qu’une carence en sélénium s’accompagne d’une forte altération de l’immunocompétence, ce qui n’est probablement pas sans relation avec le fait que le sélénium est normalement présent en quantités importantes dans des tissus immunitaires tels que le foie, la rate et les ganglions lymphatiques. Les deux types d’immunité, humorale et à médiation cellulaire, peuvent être affectés.

Même chez les sujets ayant des apports adéquats, une supplémentation en sélénium exerce des effets immunostimulants importants, dont une amplification de la prolifération des lymphocytes T activés (expansion clonale). Des lymphocytes prélevés chez des volontaires ayant reçu une supplémentation en sélénium (sous forme de sélénite de sodium) à raison de 200 µg/jour ont répondu plus intensément à une stimulation antigénique et leur aptitude à se transformer en lymphocytes cytotoxiques et à détruire les cellules tumorales a été plus importante. L’activité natural killer (NK) a également augmenté. Comparativement aux valeurs initiales, la supplémentation a résulté en un accroissement de 118 % de la cytotoxicité tumorale médiée par les lymphocytes cytotoxiques et de 82 % de l’activité des cellules NK[2].

Les scientifiques pensent que près d’un milliard de personnes sont déjà touchées par des apports insuffisants en sélénium.

[1] Jones G.D. et al., Selenium deficiency risk predicted to incease under future climate change. Proceedings of the National Academy of Science 1917.
[2] Kiremidjian-Schumacher L, Roy M, Wishe HI, Cohen MW, Stotzky G. Supplementation with selenium and human immune cell functions. Biol Trace Elem Res 1994; 41: 115-27.

 

 

Brigitte Karleskind, rédactrice en chef

 

11 février 2018

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