Oméga-3 et cerveau

Deux études récentes braquent les projecteurs sur le rôle joué par les acides gras essentiels Oméga-3 pour le bon fonctionnement du cerveau. L’une souligne leur importance pour le développement du cerveau de l’enfant, l’autre son implication dans la dépression.

L’acide eicosapentaénoïque (EPA) et l’acide docosahexaénoïque (DHA) sont les deux principaux acides gras polyinsaturés que l’on trouve dans les poissons gras et donc dans les huiles de poisson. L’organisme est incapable de les fabriquer et ces deux acides gras oméga-3 doivent lui être apportés par l’alimentation.


Acides gras oméga-3 et développement du cerveau de l’enfant

omega 3 et cerveauUn nombre croissant d’études réalisées sur l’animal et chez l’homme montrent une forte corrélation entre la prise d’acides gras oméga-3, le fonctionnement de la cognition, l’acuité visuelle ainsi que le développement global du cerveau.

Des chercheurs de l’unité Nutrition et Neurobiologie Intégrée, NutriNeuro (Inra, Université de Bordeaux) ont récemment montré, chez l’animal[1], qu’une carence en oméga-3, pendant le développement embryonnaire et la période de lactation, altère le système immunitaire cérébral et la plasticité du cerveau.

Le rôle des acides gras polyinsaturés est particulièrement important au cours du développement en raison de leur présence dans les membranes des cellules du cerveau.

Chez l’enfant, la phase de développement la plus rapide et la plus complexe du cerveau se situe au cours du dernier trimestre de la grossesse et des deux premières années de la vie. Et un apport adapté en oméga-3 est particulièrement important durant cette phase.

Une étude a montré que les enfants nourris au sein, le lait maternel contient des oméga-3, ou ceux recevant un lait enrichi en acides gras polyinsaturés à longue chaîne semblaient avoir de meilleures aptitudes à résoudre des problèmes et à l’apprentissage du langage comparativement à d’autres enfants[2].

Une méta-analyse[3] publiée en avril 2016, conduite par une équipe de la Tufts University aux Etats-Unis et portant sur 15 essais contrôlés randomisés incluant 2 525 enfants indique qu’une supplémentation en oméga-3, pendant la grossesse ou la petite enfance, améliore le neurodéveloppement de l’enfant.

Les chercheurs concluent que ces résultats soulignent l’importance d’apports suffisants en acides gras oméga-3 pendant la grossesse et chez le jeune enfant.


Acides gras oméga-3 et dépression

De nombreuses données chez l’homme associent une diminution des taux sanguins et cérébraux en acide gras oméga-3 à des états dépressifs[4]. Des chercheurs de l’unité NutriNeuro de l’INRA ont décrypté chez la souris, de quelle façon, des apports alimentaires déséquilibrés perturbent leur comportement émotionnel. Ils ont démontré qu’une carence en acides gras oméga-3 conduit à un état de stress chronique et au développement de comportement de type anxieux. Leurs résultats montrent également qu’un régime riche en oméga-3 peut jouer un rôle dans la prévention de l’apparition de la dépression[5]. Ces observations sont concordantes avec des essais cliniques menés avec des compléments alimentaires en oméga-3 qui révèlent une amélioration de l’efficacité de certains traitements médicamenteux.

C’est notamment le cas de la méta-analyse publiée en mars 2016 dans Translationnel Psychiatry. Elle incluait les résultats de 13 études et 1233 participants et montre l’effet bénéfique d’une supplémentation en EPA (acide eicosapentaénoïques) et en DHA (acide docosahexaénoïque). Cet effet est similaire à celui observé dans des méta-analyses sur l’usage d’antidépresseurs.

Le Dr Roel JT Mocking, chercheur dans le programme Troubles dépressifs majeurs à l’université d’Amsterdam et principal auteur de l’étude commente ses résultats : « Cette méta-analyse nuance les résultats de précédentes recherches sur l’intérêt des acides gras oméga-3 à longue chaîne. Chez les patients dépressifs déjà sous antidépresseurs, l’EPA semble plus efficace. Cela pourrait être une prochaine étape dans la personnalisation du traitement de la dépression et d’autres troubles. »


[1] Madore, C., etal. Nutritional n-3 PUFAs deficieny during perintal periods alters brain innate immun system and neuronal plasticity-associated genes. Brain Behavior and immunity, 2014 41 :22-31.
[2] Agostini C. et al., Neurodevelopmental quotient of healthy term infants at 4 months and feeding practice : the role of long chain polyunsaturated fatty acids, Pediatric Research, 1995,38 : 262-266.
[3] Shulkin M.L. et al. Effects of omega-3 supplementation during pregnancy and youth on neurodevelopment and cognition in childhood : a systematic review and meta-analysis. The FASEB Journal, April 2016, Vol 30, n°1, supplement 295.5
[4] Maes M. et al., Lowered omega-3 polyunsaturated levels in red blood cell membranes of depressive patients. Biological psychiatry, 1998, 43 : 315-319
[5] Larrieu T. et al., Nutritional omega-3 modulates neuronal morphology in the prefrontal cortex along with depression-related behaviour through corticosterone secretion. Translational Psychiatry 2014, 4, e437.

2 juin 2016

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